⚡ L'essentiel
- Une prothèse dentaire est un dispositif médical sur mesure (règlement UE 2017/745) : le laboratoire est le fabricant, le chirurgien-dentiste le prescripteur, et chacun a des obligations propres.
- Pour chaque prothèse, le laboratoire établit une déclaration de conformité (annexe XIII) à six mentions obligatoires ; le praticien la remet au patient à la pose et en garde une copie au dossier.
- Avant le traitement, le devis distingue le prix de vente du dispositif, le prix des prestations et le lieu de fabrication (art. L. 1111-3-2 CSP).
- La fiche de laboratoire (ou fiche de traçabilité) détaille matériaux, lots, alliages et sous-traitants : c'est elle qui répond à une allergie ou une réclamation dix ans plus tard.
- Conservation : 10 ans côté laboratoire (15 ans pour un implantable), avec le dossier patient côté cabinet. Le laboratoire doit être déclaré à l'ANSM.
🦷 Guide destiné aux chirurgiens-dentistes et aux gestionnaires de centres. Il ne remplace pas un conseil juridique : il rassemble les textes applicables en 2026 et la façon dont un laboratoire numérique les met en œuvre au quotidien. Les références sont en fin d'article.
La prothèse dentaire est un dispositif médical sur mesure : qui est responsable de quoi
Le règlement (UE) 2017/745 définit le dispositif sur mesure comme un dispositif fabriqué spécifiquement selon la prescription écrite d'un professionnel habilité, pour un patient déterminé. Couronnes, bridges, inlays, facettes, prothèses amovibles, gouttières et guides chirurgicaux fabriqués au laboratoire en relèvent. Le laboratoire porte les obligations du fabricant ; le praticien porte celles du prescripteur et de l'information du patient.
Ce qui a changé avec le règlement 2017/745
La directive 93/42/CEE demandait déjà une « déclaration » pour les dispositifs sur mesure. Le règlement, applicable depuis le 26 mai 2021, la précise (annexe XIII), allonge la conservation de la documentation à dix ans, impose au fabricant un système de gestion de la qualité proportionné et une surveillance après commercialisation, et rappelle que les exigences générales de sécurité et de performance de l'annexe I s'appliquent aux dispositifs sur mesure comme aux autres. Le marquage CE, lui, ne s'applique pas à la prothèse elle-même : il s'applique aux matériaux et aux équipements qui servent à la fabriquer.
Et si le cabinet fabrique lui-même ?
Un cabinet qui usine ou imprime une restauration définitive en interne devient fabricant de dispositif sur mesure, avec toutes les obligations ci-dessus. Les modèles d'étude, provisoires immédiats et gouttières de contention posent moins de questions ; la couronne définitive chairside en pose toutes. C'est un des critères qui départagent ce qui reste au cabinet et ce qui va au laboratoire dans notre guide sur l'impression 3D des prothèses.
La déclaration de conformité : contenu, modèle et circuit
Six mentions obligatoires (annexe XIII, section 1) : nom et adresse du fabricant ; identification du dispositif ; mention qu'il est destiné exclusivement à un patient identifié (nom, acronyme ou code) ; nom du prescripteur ; caractéristiques spécifiques indiquées par la prescription ; déclaration de conformité aux exigences de l'annexe I, avec les exigences non entièrement respectées et leur motif le cas échéant. Le laboratoire l'établit, le praticien la remet au patient.
Déclaration de conformité — dispositif médical sur mesure (annexe XIII du règlement (UE) 2017/745)
- Fabricant : raison sociale, adresse, numéro de déclaration ANSM.
- Dispositif : désignation (ex. couronne zircone monolithique 36), numéro de commande ou de lot, date de fabrication, matériaux principaux.
- Patient : « dispositif destiné exclusivement à », identifié par nom, acronyme ou code.
- Prescripteur : nom du chirurgien-dentiste (RPPS), établissement le cas échéant.
- Prescription : caractéristiques spécifiques demandées (teinte, matériau, type d'assemblage, particularités).
- Conformité : « ce dispositif est conforme aux exigences générales en matière de sécurité et de performances de l'annexe I » ; le cas échéant, exigences non entièrement respectées et motifs.
Date, signature du responsable, mention du lieu de fabrication et des sous-traitants éventuels. Une déclaration non signée, sans identification du patient ou sans mention du prescripteur n'est pas conforme.
Le circuit du document
| Étape | Qui | Quoi |
|---|---|---|
| 1. Prescription | Praticien | Bon de commande complet (dent, matériau, teinte, assemblage prévu) — c'est la base de la mention n° 5 |
| 2. Fabrication | Laboratoire | Dossier de fabrication : matériaux, lots, opérateurs, contrôles |
| 3. Livraison | Laboratoire | Déclaration de conformité + fiche de laboratoire jointes à chaque dispositif |
| 4. Pose | Praticien | Contrôle, pose, remise de la déclaration au patient, copie au dossier |
| 5. Conservation | Laboratoire / praticien | 10 ans (15 ans implantable) côté fabricant ; avec le dossier patient côté cabinet |
| 6. Incident | Praticien → ANSM et laboratoire | Signalement de matériovigilance, enquête sur le lot |
Chez Jasper, la déclaration de conformité et la fiche de laboratoire accompagnent chaque livraison et restent attachées à la commande dans le logiciel de commande et de suivi : le praticien les retrouve à la date de pose comme cinq ans plus tard, sans classeur.
La fiche de laboratoire (fiche de traçabilité) : ce qu'elle doit dire
La fiche de laboratoire complète la déclaration : elle liste, pour chaque dispositif, les matériaux avec marque, référence, lot et marquage CE, la composition des alliages, les étapes de fabrication et les sous-traitants avec leur pays. Sans elle, la déclaration de conformité atteste sans prouver.
| Rubrique | Contenu attendu | Pourquoi c'est utile au praticien |
|---|---|---|
| Identification | Patient (code), praticien, dent(s), date de commande et de livraison | Rapprochement avec le dossier et la facture |
| Matériaux | Marque, référence, numéro de lot, classe et marquage CE de chaque matériau (zircone, disilicate, résine, alliage, céramique cosmétique) | Réponse à une allergie, un rappel de lot, une question de l'ANSM |
| Alliages | Composition (norme ISO 22674), absence ou présence de nickel, béryllium, cadmium | Allergies aux métaux, information du patient |
| Fabrication | Procédé (usinage, impression, fusion laser, stratification), équipements, opérateurs, contrôles | Reprise ou réfection à l'identique |
| Sous-traitance | Étapes sous-traitées, nom et pays du sous-traitant | Mention du lieu de fabrication sur le devis |
| Fichiers | Scan, fichier de conception, date et version | Réfection sans nouvelle empreinte |
La réglementation n'impose pas un format unique de fiche : elle impose que ces informations existent et soient retrouvables. Un laboratoire qui ne peut pas dire de quel disque de zircone provient votre couronne de 2023 n'est pas traçable, quel que soit le papier livré.




